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    #FeminaOpinion: Pitié, arrêtez de dire que vous n’aimez pas la Saint-Valentin!

    Fête des amoureux, un peu des amis, mais surtout du chocolat dévoré «parce qu’on a le droit», cette pauvre Saint-Valentin se trouve dénigrée par les êtres modernes que nous sommes. Le temps d’une journée, nous prions gentiment cynisme et négativité de bien vouloir déguerpir incessamment sous peu. Apologie de la mièvrerie romantique.

    Publié le 
    14 Février 2017
     par 
    Ellen De Meester

    Que dirait-il, ce pauvre Saint-Valentin, en s’apercevant que sa fête, celle des amours éternelles et de la reconnaissance envers l’autre, gît agonisante, sur une tombe d’emballages cadeaux froissés? Probablement rien. D’ailleurs, on ne sait même pas à quel «Saint-Valentin» adresser cette lamentation, puisqu’il en a existé une véritable flopée au cours de l’histoire. Cela dit, l’inventeur de cette tradition serait bien triste de la voir ainsi déchue et d’entendre les jeunes femmes d’aujourd’hui déclarer avec fierté: «Je n’aime pas la Saint-Valentin.»

    Pourquoi donc, Mesdames, tapons-nous du poing, bras croisés sur notre poitrine (dans laquelle bat pourtant un cœur), en signe de protestation? Cette assertion revient-elle simplement à dire «Je n’ai pas besoin de cette journée pour me sentir aimée», ou révèle-t-elle réellement un agacement profond envers tout ce qui relève du «guimauve»? «C’est une fête commerciale», lanceront les unes. «Il faut s’aimer toute l’année et pas qu’une journée», rétorqueront les autres. Et elles n’ont absolument pas tort. Quoique… Prenons leurs arguments un par un, car il est temps de plaider en faveur du romantisme.

    Ô Saint-Valentin, toi qui enchantes les commerces

    Voilà qui est bien cliché. Et comme les stéréotypes ne tombent pas du ciel, il me faut bien admettre qu’il s’agit là d’une pure vérité. Mais qui pourrait reprocher aux commerces de vouloir profiter de cette tradition, de cette vague soudaine d’émotions qui poussent les uns à offrir et les autres à consommer? Après tout, ils font exactement pareil à Noël, à Pâques et même à Halloween, fêtes dont beaucoup moins de gens se plaignent, me semble-t-il. (Et puis bon, s’ils remettent ces chocolats sur les étagères chaque année, c’est qu’il y a bien des gens qui les achètent!)

     

     

     

    Je conçois l’agacement que l’on peut ressentir lorsqu’en quête d’un simple paquet de farine sans gluten, un vendeur tente de nous refourguer gâteaux en forme de cœur, champagne rose et autres pralines au gingembre (il paraît que c’est aphrodisiaque…). Surtout lorsqu’on a décidé, avec Jules, que cette année on «ne fait rien.» Cela est tout à fait compréhensible. Mais pourquoi ces «Oh, mais ça y est, ils recommencent!» frôlent-ils presque automatiquement nos lèvres à la vue de toutes ces fanfreluches décoratives? Franchement, ce n’est pas si laid, un petit cœur en papier… Non?

    Ô fête des amours, toi qui d’illusions nous berces

    Attaquons-nous au fond du problème, un peu comme s’il s’agissait d’un énoncé de maths que l’on doit décortiquer avant de résoudre. C’est plutôt simple: le 14 février de chaque année, la tradition exige que l’on présente une preuve d’amour à l’être cher et que l’on célèbre sa présence dans notre vie. Quelques décénnies de comédies américaines et de clichés médiatiques plus tard, s’y sont ajoutés roses rouges, chocolats et sous-vêtements à froufrous. Ce n’est pas difficile: il suffit de s’acheter une nouvelle culotte pour remercier le chéri de la rose rouge qui nous attendra au coin du lit, et basta! Rien de complexe, ni de trop onéreux. Alors pourquoi toute cette protestation?

     

     

     

    Parce que cette fête des amours, subtilement, nous force à nous conformer à une certaine conception du romantisme? (Ben oui, il y a des couples qui détestent les fleurs et pour qui le summum du glam à deux se résume à une soirée Netflix en pyjama…). Mais soyons honnêtes, les filles: n’aimons-nous vraiment pas ces petites attentions, que ces Messieurs sont peut-être de plus en plus rares à nous consacrer? Celle qui, il y a dix minutes encore, clamait détester la Saint-Valentin, refusera-t-elle le somptueux bouquet de fleurs que lui tendra une paire de bras fuselés? La célibataire indépendante refusera-t-elle le souper que lui proposeront ses amies, histoire de célébrer l’amour qui les unit depuis le collège? Certainement pas.

    Protestons-nous uniquement dans le but de se préserver d’une déception? Déclarons-nous n’accorder aucune importance au 14 février parce que nous craignons d’être laissée-pour-compte, de ne recevoir le moindre pétale de rose? Ou tremblons-nous simplement à l’idée d’écoper un cinglant râteau, ponctué d’une crise de fous rires, au moment d’offrir notre cadeau à l’être aimé? Accorder de l’attention à l’autre, lui montrer nos sentiments, c’est se rendre vulnérable. Et la génération 2.0. n’aime pas beaucoup la vulnérabilité… Voilà une bien frustrante contradiction: nous ne rêvons que d’amour mais reculons lorsqu’il s’agit de le montrer ou de s’y abandonner. Et donc, plutôt que de batifoler joyeusement au crépuscule avec celui ou celle qui fait battre notre cœur, nous nous murons dans le réalisme et refusons de rêver.

    Ô 14 février, toi qui subis toutes nos controverses

    Lors d’une interview accordée au magazine «Madame Figaro», Jean-Claude Kaufmann écrivait ceci:

    «Je réalise combien dans nos sociétés de liberté et de tolérance en Europe, nous sommes pourtant malheureux de ne pas vivre et dire davantage l’amour. Il y a un manque de souffle qui nous traverse, un manque de chaleur, et d’humanité. […] Or la Saint-Valentin, c’est un message de joie. Et moi je suis un militant de l’amour, dans son sens le plus large.» Et bien voilà cet exactement qu’il faudrait faire: devenons toutes des «militantes de l’amour».

     

     

     

    Cessons de prétendre que recevoir une carte, un message, une fleur, ne nous remplirait pas de joie, le 14 février, comme tous les autres jours de l’année. Cessons de hurler sur les toits que nous n’aimons pas cette fête, simplement pour anticiper la possibilité de la passer seule. Cessons de vouloir se protéger absolument, de craindre le jugement de l’autre lorsque nous lui avouons nos sentiments. Vous me direz que c’est bien beau, tout ceci, mais qu’il ne faudrait pas limiter le romantisme à un seul jour de l’année. Je suis entièrement d’accord avec vous: aimons-nous toute l’année! Mais pourquoi se refuser l’occasion de rendre une froide journée de février tellement plus belle? La vie est suffisamment sérieuse comme cela…

    Et à défaut de se transformer en cœurs d’artichaut, en fleurs bleues sorties d’un film en noir et blanc, il est grand temps de ressusciter le guimauve et le «gnangnan.» L’époque moderne, avec tous ses bouleversements technologiques et sociaux à la sauce 2.0, ne parviendra pas à nous enlever la magie brute de l’amour. Parce que l’amour, voilà des siècles et des siècles qu’il survit: il a survécu au charbon et à l’électricité, comme il survivra à Tinder et à Trump. Mais cela ne tient qu’à nous. Devenons des «militantes de l’amour», et commençons dès aujourd'hui. Ah bon, vous me trouvez irréaliste? Tant mieux: il faut bien quelques irréalistes pour garder nos rêves en vie.


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